Depuis la réforme de productivité, les volumes d’habitation ont tous été moulés selon le même protocole. L’autorité a fait passer la loi sur l’uniformisation des habitations ouvrières. Un modèle générique issu d’une même contrainte. Tous les secteurs de production ont conçu la Forme Commune et Unique. Le ratio adéquat. L’habitacle est doté du même programme d’optimisation des mouvements que sur la chaîne de production.
Suivre la ligne qui longe le mur. Le faisceau continu (relié aux Identity Database), comme un couloir, me transporte jusqu’à la prochaine variation directive.
Stop : Scan d’évaluation.Le seuil franchi, une rotation de 90° referme le sas. Trois pas devant, la plateforme de sommeil en butée.
180 °.
Genoux pliés selon un angle laissé par la hauteur du volume m’assoie. Perspective des cellules en enfilade voilée par la succession de multiples cloisons de verre qui s’opacifient lors du couvre-feu. La transparence, hors période de sommeil, implique que chacun puisse témoigner des faits et gestes de l’autre. Toute initiative de personnification ou de comportement non approprié à la transparence est signalée puis transmise à la Conformité. Oeil concave, impression d’être vu par tous et partout.
La transparence est réversible.

Bras droits tendu, accès au variateur de lumens. Un quart droite et l’obscurité atténue l’identité colorimétrique du secteur 1138. Dans l’obscurité les traces monochromes de l’organisation signalétique persistent. Comme lorsqu’ébloui brusquement, à la fermeture des yeux j’imprime l’emprunte des formes. Chaque ligne, chaque angle ne change en définitif jamais. Connaître l’espace comme extension de soi-même. Ne pas connaître l’espace c’est douté. Le doute est réflexion négative. Ne pas avoir la mesure des vides est des pleins c’est l’errance.

Guidé.

Il n’est pas question d’en avoir conscience ou non, ni de l’adopter ou de lutter contre, ne rien attenter pour rompre le mécanisme. Se laissé réguler, c’est le moyen indiscutable de consommer passivement et sans accro ses cycles sur Anaérobie.

Quand j’envisage de rompre le vecteur, un pas de côté pour jouer avec le manuel des comportements, le curateur ordonne les sentinelles d’une surveillance accrue dans ma cellule.

L’interstice, entre les formes primitives, détermine la déambulation possible dans l’espace. Une cartographie mémorisée à mesure des mouvements répétés. Les repères mathématiques et binaires se transforment en une intuition. L’équilibre programmé entre plein et vide s’ingère (0=Forme 1=Fonction). Ainsi ; table, assise, lit, lavabo, toilette, et autres volumes qui combinent la formule 0-1, détermine l’habitacle subdivisé, dividuel, qu’aucun ne possède.

Monochrome et mat, les volumes n’ont ni brillance ni reflet. A chaque rotation, une affectation à un autre secteur de rendement. Toujours la même cellule. Seule la couleur change. Une couleur pour chaque secteur d’activité. Au début on semble apprécié les nuances. Puisse chaque couleur changer l’appréhension de l’espace, de la cellule, du rythme… A mesure des cycles, des rotations, la couleur elle aussi répand sa puissance de conditionnement. Rappelez-vous où vous êtes et pourquoi vous êtes là.

Indicateur sonore, le compte à rebours greffé au visage m’indique que la source d’oxygène passe en stand by. La cellule dépressurise. L’éclairage se termine au noir. Mes yeux fermés, la couleur reste gravée sur rétine Bleu, elle prolonge ma pensée

Position Horizontale accordée.


Extrait de Anaérobie
David Blasco




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