La Firme vient de conclure un accord de prolifération iconique avec la Zone 1138.

Campagne de façonnage des moeurs. L’organisation qui dissémine le message occupe tous les
périmètres et fréquences de diffusions. Elle placarde sur tout support son symbole comme une
Trademark.
Estampillé, le porteur, acteur sous tutelle de la zone 1138 capte et évolue selon le code de
comportement 
que la Firme communique. Des affiches floquées colonisent tout espace sur le
champ 
de vision comme un prompteur. Aucun texte ne défile. Une figure : la trappe.
Seul le nom du 
distributeur est inscrit au-dessus, en lettres majuscules :

Quiet-Earth

La taille de la typographie, sa hauteur, son envergure ainsi que son placement varient selon ce
que la table d’attente préconise. Les différents supports de communication s’infiltrent dans les
zones réquisitionnées. L’architecture est le socle.
Première foulée vers la sortie. Ouverture du sas en direction des convois. Une seule perspective
comme donnée : l’affiche. Émission et premier rappel de la Firme : maintenir les individus porteurs
connectés au réseau.

Dans le cadre, sous le bandeau titre Quiet-Earth, le souffleur de théâtre : deux points de fuites,
même angle de vue et mêmes proportions à chaque représentation. Sa ligne d’horizon identique
quel que soit son placement dans l’espace rappelle aux usagers de la Zone 1138 sa domination.
Même en dessous du niveau zéro elle est perçue en contre-plongée. La guérite ne semble
émettre aucun son et pourtant comme une vibration qu’on ressentirait dans le derme, elle sape
la conscience de son programme des comportements. Les présences graphiques dans la Zone
1138 ne sont que les dernières couches apparentes d’un nombre infini de calques superposés.
Ils sont la mémoire des protocoles viraux et adaptent les formes selon le plan de communication
adéquat au lieu. Une Colonne des stratégies se trouve dans le hall, trace monumentale de ce
sur quoi notre fonctionnement se construit. L’activation d’un calque diffuse par les strates des
réseaux, le message qui coagule sur l’appendice des porteurs. Boite noire greffée sur dorsale.
Parfois à l’abri de la contre-plongée d’une affiche, des groupes de porteurs s’affranchissent du
blason, le manipulent et le détournent. Une alternative possible au programme d’adhésion déployé
par le Quiet-Earth de la zone1138. La Firme doit avoir connaissance de ces rassemblements
hors zone, pont rompu entre l’émetteur et le récepteur. Les agents Rhizome établissent
un diagnostic viral du module d’enregistrement pluggé sur tous récepteurs actifs et transmettent
à l’Administration des Preuves un bilan qui se charge d’aiguiller l’acteur parasité de la Zone sur
un vecteur scanné et validé.

À mesure que la forme s’immisce et sature nos horizons de perception, sa présence passe d’inquisitrice
à convoitée. Elle distille en filigrane un droit de passage en chaque individu qui ingère
et colporte la doctrine. Quiet-Earth a fait d’une figure un soldat, de la guérite un transmetteur
silencieux.

Alerté par un slogan qui défile sur ma rétine, mon rythme s’altère. Mon pied butte sur un obstacle
visqueux qui gicle sur ma tenue, probablement un résidu d’espace vierge contaminé. L’emblème
de la Firme gravée sur ma chaussure n’est pas tachée. Je balaye d’un revers de ma main gauche
une goutte de gélatine engluée sur le blason de Quiet-Earth. Un Rhizome me fait 
un signe.
La boite noir ne cesse l’enregistrement et ne manifeste aucune alerte. Je poursuis ma 
marche vers
le vecteur des transferts.


                                                                                                                                                      
Extrait de Anaérobie
David Blasco



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