La tour 32



Au démarrage, dans l’axe de la vision, la colonne dominante. Il faut qu’elle reste visible à mesure
des mètres foulés pour que la distribution des réseaux soit captée. Un repère qui permet de ne pas
interrompre la marche éliminant tout doute sur la trajectoire. La hauteur de la ville ne s’érige pas
au-delà des 365 mètres de la cime de l’émetteur. La tour prolongée de sa flèche reste la tutrice des
ordonnées. Les autres bâtiments lui font allégeance. Tapies dans son ombre portée, à couvert, les

colonnes dortoirs courbent l’échine pour laisser le champ libre aux rayonnements de l’émetteur qui
sifflent au dessus de leur toit. Ces faisceaux, après verrouillage des cibles, régulent les trajectoires
de tous les pensionnaires. Émission-réception, échange d’ondes, conversation cryptée entre la
tour mère et la cellule porteuse de données : un sujet d’Anaérobie.

Coordonnées verrouillées sur mon tuteur des déambulations.

La trajectoire proposée assure une piste sans détour et pourtant à mesure que je fixe la tour et
m’en rapproche son échelle ne paraît pas s’adapter. Comme un hologramme, une image et non
une architecture. L’idée d’un point B après que le point A m’ait été soufflé.
Le nombre d’unités restant à parcourir défile toujours sur mon écran. Comme une molécule sur
orbite, la relation d’équilibre établie avec l’objet de mon déplacement dessine une frontière en
filigrane. Elle paraît déterminer la distance à respecter entre ma position et son cadastre, son
emprise au sol, périmètre d’implantation à respecter.
Sans plug-in des parcours alternatifs il me faut poursuivre un tracé commun pour atteindre la cible.
Mon parcours tente d’approcher le point des distributions de la tour de télécommunication 32.
Un point de fuite érigé au sommet depuis lequel rayonnent toutes les perspectives de transferts.
Peut-être un accès à l’horizon des matières avant d’atteindre celui des événements, frontière depuis
laquelle, lorsqu’une bonne conduction à la timeline est négociée, nous pouvons observer les
artefacts qui ont constitué l’Organisation.

En marge de la découpe du secteur, se trouve un pavé sans doute lâché par un vecteur désorienté
en perdition, ou par un porteur en mal de stand-by. Au verso, la piste d’un plan. Gravé sur une des
faces, un tube du réseau des ondes est reconnaissable. A l’intérieur de celui-ci, un cube apparaît
comme en transit. Par ce canal, il voyage à l’abri des archives, propulsé par des transmetteurs
vierges, encore non affectés. Probablement le fossile d’une combinaison démembrée bien connue
des passeurs de zones. Lorsque toutes ces pièces sont rassemblées, connectées entre elles, le
verrouillage aux Accès éclate et la perspective redevient champ libre.

Extrait de Anaérobie
David Blasco



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